Le bouclier de Barbus
Il m’aura fallu une semaine pour me remettre de la 3e mi-temps thé vert-branlette qui a suivi notre folle victoire. Il est aujourd’hui temps de vous raconter l’incroyable épopée du TRUC, les orteils dans le Golfe.
A peine tiré des neiges du Caucase qu’il faut trouver de la place dans la valise : maillot de bain et paréo sont de sortie, escapade sur les plages de l’île de Kish, ses 25°C de moyenne en février et son horizon sur les EAU. Au programme peu de bronzette toutefois : on a un « Second Fajr rugby seven’s tournament » à remporter. C’est que je n’ai pas validé un semestre universitaire en stages commandos quotidiens dans un parc du centre de Téhéran pour rentrer bredouille. Dès l’atterrissage, ambiance « Yeux dans les bleus » du pauvre. J’me fais conduire à l’hôtel. Equipe introuvable. « Rejoins-nous à la piscine olympique. On est au sauna », m’apprend H., full-back et vigile de banque à ses heures perdues.
La joyeuse troupe récupère dans le jacuzzi. Le bain est noir. Faut dire que les gros enchaînent les entraînements, et que là, ça doit être l’heure de la douche. Peur de manquer de courtoisie, je plonge dans l’azur changé en fange. Au moins, elle est bonne. On m’accueille avec de grands sourires, s’assure que j’ai respecté un programme sérieux de renforcement physique à Erevan (où j’aurais au moins fait le plein de sucres lents), me met au parfum du nouveau rugby’zness iranien : le TRUC n’est plus, on représente désormais Kish. Un peu à l’image de la Fortitudo Bologna, on vend notre âme (celle du Tehrun Dirty South) à un mécène soudainement passionné. Enfin, on peut grâce à « Oncle Mohsen » (nous ne l’appellerons qu’ainsi tout au long du séjour), se balader dans les centres commerciaux dans nos beaux survêts adidas contrefaits. Logés (bungalows sur le front de mer), nourris (médocs coupés au kebab)…on ne doit avoir que le rrweugby en tête. Double ration d’étirements et de répétitions tactiques, et sieste pour digérer le rab’ de créatine. J’mange pas de ce pain-là. Et ça commence à en faire s’impatienter quelques-uns de me voir reculer à chaque impact, tout en conservant une place de titulaire d’abord due à mon statut de « French légionnaire ». Rions-en.
A peine tiré des neiges du Caucase qu’il faut trouver de la place dans la valise : maillot de bain et paréo sont de sortie, escapade sur les plages de l’île de Kish, ses 25°C de moyenne en février et son horizon sur les EAU. Au programme peu de bronzette toutefois : on a un « Second Fajr rugby seven’s tournament » à remporter. C’est que je n’ai pas validé un semestre universitaire en stages commandos quotidiens dans un parc du centre de Téhéran pour rentrer bredouille. Dès l’atterrissage, ambiance « Yeux dans les bleus » du pauvre. J’me fais conduire à l’hôtel. Equipe introuvable. « Rejoins-nous à la piscine olympique. On est au sauna », m’apprend H., full-back et vigile de banque à ses heures perdues.
La joyeuse troupe récupère dans le jacuzzi. Le bain est noir. Faut dire que les gros enchaînent les entraînements, et que là, ça doit être l’heure de la douche. Peur de manquer de courtoisie, je plonge dans l’azur changé en fange. Au moins, elle est bonne. On m’accueille avec de grands sourires, s’assure que j’ai respecté un programme sérieux de renforcement physique à Erevan (où j’aurais au moins fait le plein de sucres lents), me met au parfum du nouveau rugby’zness iranien : le TRUC n’est plus, on représente désormais Kish. Un peu à l’image de la Fortitudo Bologna, on vend notre âme (celle du Tehrun Dirty South) à un mécène soudainement passionné. Enfin, on peut grâce à « Oncle Mohsen » (nous ne l’appellerons qu’ainsi tout au long du séjour), se balader dans les centres commerciaux dans nos beaux survêts adidas contrefaits. Logés (bungalows sur le front de mer), nourris (médocs coupés au kebab)…on ne doit avoir que le rrweugby en tête. Double ration d’étirements et de répétitions tactiques, et sieste pour digérer le rab’ de créatine. J’mange pas de ce pain-là. Et ça commence à en faire s’impatienter quelques-uns de me voir reculer à chaque impact, tout en conservant une place de titulaire d’abord due à mon statut de « French légionnaire ». Rions-en.
J'vais faire cracher ses anabolisants à Asghar, 1m92, 110 kilos sans doute d'ascendance ossie.
Pendant ce temps, les autres délégations se pointent. L’Ararat Rugby Club (devinez d’où…) et Bakou descendent dans le même hôtel. Pour la confrontation évènement, faudra toutefois repasser : match nul sur tapis vert de peur que la pelouse ne se transforme en Karabagh. C’est rageant, d’autant que le sympathique Yildegirz, capitaine azéri, m’avait promis du 100% chocolat. De quoi se souvenir des Beaurepaire-La Voulte du bon vieux temps (qui a dit qu’on jouait aussi au rugby dans le Sud-ouest ?)…L’esprit féria n’est pas vraiment au rendez-vous. Pas même un banquet réunissant tous les participants. Télévision couvrant le tournoi, écrin superbe (8000 places…vides), remise des récompenses en présence d’officiels gouvernementaux…y’a encore du chemin avant que l’Iran n’adopte la « culture » ovalie. ‘Va sans dire que mes Grosses Putes me manquent, et que ce n’est pas la rumeur d’un tonneau de 22 litres de Cognac arménos qui me fera oublier le désir fou ne serait-ce que d’un demi de Stella tiède.
Lundi 4 février, coup d’envoi. On renvoie Bakou sur les rivages mazoutés de sa Caspienne (19-5), avant de taper Kermân, puis…premier os, on connaît les affres de la branlée sous les appuis déroutants du n°10 de Shirâz. Merci le « légionnaire » et ses cannes restées dans les 22 adverses. Le coach commence à flairer l’arnaque, et décide de me faire tâter du banc…pour y rester. Faudra que j’me décide à mater The Substitute, et que j’en débatte avec La Morluche.
Le soir, les bachohâ (gars), abattus par la défaite, trouvent à peine la force de sortir lécher les vitrines des centres commerciaux détaxés de l’île, classée zone franche. On se console à grands renforts de cachetons. Et y’a pas que de la Juvamine au menu. Mains dans les fouilles, tongs grande classe et polo Lacoste retartouff’, j’ai du mal à saisir la déception ambiante . C’est que je n’oublie pas d’où je viens. L’IEP de Lyon…
Le lendemain, on joue notre tête. Deux victoires difficiles et un match nul (les tripes des Arméniens) plus tard, on est en demi. Alors que les favoris de Shirâz viennent de se qualifier aux dépens des « Arabes » du Khouzistan, faudra qu’on tape les « Turcs » de Tabriz pour avoir les honneurs du prime-time. Deux fois sept minutes bien menées nous propulsent en finale. C’est plus que jamais l’heure des « insh’allah ». Comme dans un Téléfoot spécial « Eléphants à la conquête de la CAN », on prie. On embrasse le Coran et on monte au front.
Faut croire que Dieu a bien choisi. Devant 12-5 à la pause, on encaisse 2 « tries » alors qu’il ne reste qu’une poignée de minutes (c’est beau, on dirait du Pascal Praud). J’encourage les amis à goûter au vice (et au désormais grand classique du « marron azéri », que je me ferai un devoir d’importer dans les environs de la Doua au printemps 2009) et à ne pas se laisser abattre. Regroupement à gauche…et ça part. Passe-redoublement-passe…oh putain on envoie enfin au large…passe-à l’aile pour celui qui m’a remplacé au pied levé…un-deux-trois-raffûts et il s’en va honorer la Terre promise. Les mouches ont changé d’âne, la cabane s’est effondrée sur le chien shirâzie. Crise de larmes chez les Tehr..euh, les Kishis. Mes coéquipiers se précipitent sur un bout de gazon, et je croie assister à un remake de l’insupportable communion des grenouilles de bénitiers auriverde fêtant autour de Kaka leur pentacampeao. Mais les pleurs sont vite séchés, il faut répondre aux sollicitations médiatiques. « Aï am’ euh skaïrockètteuh », articule mon pote H. Avant de souffler une connerie (en persan « koss-e she’r », ou « poésie de la chatte ») du genre « Maintenant faut prendre les matches les uns après les autres et ne jamais oublier de ne pas brûler la peau de l’ours avant de l’avoir vendue ». Dans l’euphorie d’une gloire pourtant bien confidentielle, les bachohâs se prennent déjà à rêver de Top 14. Mmouais…j’aimerais pouvoir dire « j’y étais » quand le premier Iranien plaquera pour le Stade olympique givordin.
Médaille dorée autour du cou, accolade des pontes du régime délégués à la baballe. On est paré pour chasser la Philippine. On loue des bicycles, danse entre mecs sur la jetée, mange une pizza à minuit. J’ai du mal à leur expliquer ce qu’est le Crit’. Sciencesport ferait bien de se délocaliser en République islamique.
Bah, la nuit est belle sur le Golfe persique. Et je viens tout de même de gagner 30 crédits ECTS avec mention.
Lundi 4 février, coup d’envoi. On renvoie Bakou sur les rivages mazoutés de sa Caspienne (19-5), avant de taper Kermân, puis…premier os, on connaît les affres de la branlée sous les appuis déroutants du n°10 de Shirâz. Merci le « légionnaire » et ses cannes restées dans les 22 adverses. Le coach commence à flairer l’arnaque, et décide de me faire tâter du banc…pour y rester. Faudra que j’me décide à mater The Substitute, et que j’en débatte avec La Morluche.
Le soir, les bachohâ (gars), abattus par la défaite, trouvent à peine la force de sortir lécher les vitrines des centres commerciaux détaxés de l’île, classée zone franche. On se console à grands renforts de cachetons. Et y’a pas que de la Juvamine au menu. Mains dans les fouilles, tongs grande classe et polo Lacoste retartouff’, j’ai du mal à saisir la déception ambiante . C’est que je n’oublie pas d’où je viens. L’IEP de Lyon…
Le lendemain, on joue notre tête. Deux victoires difficiles et un match nul (les tripes des Arméniens) plus tard, on est en demi. Alors que les favoris de Shirâz viennent de se qualifier aux dépens des « Arabes » du Khouzistan, faudra qu’on tape les « Turcs » de Tabriz pour avoir les honneurs du prime-time. Deux fois sept minutes bien menées nous propulsent en finale. C’est plus que jamais l’heure des « insh’allah ». Comme dans un Téléfoot spécial « Eléphants à la conquête de la CAN », on prie. On embrasse le Coran et on monte au front.
Faut croire que Dieu a bien choisi. Devant 12-5 à la pause, on encaisse 2 « tries » alors qu’il ne reste qu’une poignée de minutes (c’est beau, on dirait du Pascal Praud). J’encourage les amis à goûter au vice (et au désormais grand classique du « marron azéri », que je me ferai un devoir d’importer dans les environs de la Doua au printemps 2009) et à ne pas se laisser abattre. Regroupement à gauche…et ça part. Passe-redoublement-passe…oh putain on envoie enfin au large…passe-à l’aile pour celui qui m’a remplacé au pied levé…un-deux-trois-raffûts et il s’en va honorer la Terre promise. Les mouches ont changé d’âne, la cabane s’est effondrée sur le chien shirâzie. Crise de larmes chez les Tehr..euh, les Kishis. Mes coéquipiers se précipitent sur un bout de gazon, et je croie assister à un remake de l’insupportable communion des grenouilles de bénitiers auriverde fêtant autour de Kaka leur pentacampeao. Mais les pleurs sont vite séchés, il faut répondre aux sollicitations médiatiques. « Aï am’ euh skaïrockètteuh », articule mon pote H. Avant de souffler une connerie (en persan « koss-e she’r », ou « poésie de la chatte ») du genre « Maintenant faut prendre les matches les uns après les autres et ne jamais oublier de ne pas brûler la peau de l’ours avant de l’avoir vendue ». Dans l’euphorie d’une gloire pourtant bien confidentielle, les bachohâs se prennent déjà à rêver de Top 14. Mmouais…j’aimerais pouvoir dire « j’y étais » quand le premier Iranien plaquera pour le Stade olympique givordin.
Médaille dorée autour du cou, accolade des pontes du régime délégués à la baballe. On est paré pour chasser la Philippine. On loue des bicycles, danse entre mecs sur la jetée, mange une pizza à minuit. J’ai du mal à leur expliquer ce qu’est le Crit’. Sciencesport ferait bien de se délocaliser en République islamique.
Bah, la nuit est belle sur le Golfe persique. Et je viens tout de même de gagner 30 crédits ECTS avec mention.