vendredi 4 avril 2008

Dévotion Derby

C’est sans doute la saveur manquante de l’année. Morlon et le Bôde tifoseront ma Lazio chérie vers la pérennité de sa suprématie palatine, alors que le Crit se déroulera dans un esprit « bon enfant », avec perruques et beaux perdants…j’avais mon besoin d’adrénaline en tribunes, de télescopages pour une écharpe, de doigts d’honneur à la grand-tante de l’arbitre de touche.

Y’avait donc une visite à ne pas rater. Le « clasico » persan, ça sonne comme un sujet de France 2 Foot. Pirouzi-Esteghlâl. Téhéran. Les rouges vs les bleus. Persepolis-Tâdj, que ça aurait donné au temps du Shah. Si la couronne (=« tâj ») n’a plus vraiment la côte sous la R.I. et a dû se fondre en « indépendance », Persepolis est éternelle. Peu importe que le billet du choc (1.50 €) ou les compte-rendus officiels de Persian Gulf League indiquent « Pirouzi » (=la victoire), du carmin sur une pelouse, pour un Iranien, ça reste ecco.

Persepolis-Esteghlâl, on y arrive. Les 2 clubs les plus populaires du pays, sources d’une question identitaire inévitable, genre « Enchanté de vous rencontrer, vous êtes plutôt esteghlâli ou persepolisi ? ». Cette saison, les premiers cités duellent pour le titre, 4 points devant les « indépendants », décevants quatrièmes. Mais ça, vous vous en carrez…

Pour assister au clash de l’année, faut prendre place au stade « Azâdi » (=la liberté). Maracana moyen-oriental, ses 100 000 places de béton trouvent à 90% preneur pour l’occase. Kif’kiffe question effectifs des allumés en gradins, l’arène est parfaitement bicolore.

Lequel public est bien sûr tout en testostérone. Ces demoiselles peuvent se replier, entre autres, sur le basket-ball masculin, mais qu’elles laissent la ronde vessie made in Bangladesh et sa symphonie triomphante pour testicules duettistes en insultes majeures se jouer à la téloche. Le foot, c’est une affaire de connaisseurs. ‘le dira jamais assez, non mais.

Bon, on se pointe aux alentours du colisée d’un jour, déception, l’ambiance sent la barbe à papa pour un derby. On oublie les coups de cutter napolitains, les lynchages d’un samedi afternoon à Brixton ou la pyrotechnie à balles réelles de Medellin. Les copains viennent au bâzi (=jeu, par extension match) bras dessus - bras dessous, et les grimages rouge et bleu se mêlent lors des accolades. Ca refoule le tournoi Sciencesport parrainé par Dany Boon, quoi (comment ça, Sciencesport n’a jamais organisé de tournoi depuis que notre promo est iepienne ?). Les milliers de képis réquisitionnés pour l’évènement ne vont pas beaucoup se servir de leur quincaillerie, c’est Patrick Montel qui va être content, alors que d’autre et son « Rrrôôh Jean-Michel, écoutez, ceuh staâadeuh, quèèèlle ambiance… » doit s’en retourner là où on finira tous.
La fouille est tout de même plus prometteuse : « ces piles, là c’est… ? » « …pour mon appareil photo, là ». « Ah bon ok, allez-y, hello (ndlr : en anglais dans le texte) ». Manquerait plus que j’ai une ganache de supporter de Galatasaray. Qui z’y viennent, tirer des corners sous mon nez…

Le coup d’envoi est à 15 heures, comme pour un bon vieux Atalanta-Bari. Seulement pour être bien placé, mieux vaut entrer dans la place à l’heure des Minikeums. 9h-9h30, 10h pour les lève-tard. Pas grave, on a le temps de faire connaissance avec les voisins autour d’un thé, de jouer le temps de raccroc de sa grasse matinée, d’acheter un marcel de polyester assorti à son escouade favorite. Pour l’info sans importance, j’étais au cœur du virage persepolisi. Rôti une demi-journée au soleil, j’étais roooouuuuuuge…

"perse" [pèrrrsé] signifie « cul » en finnois. Bon, et « polis », suivez mon regard... si c'est pas de la banderole limite-limite, ça...


L’enceinte se remplit (la nature, quand on y pense) pour exploser à l’annonce de la composition des équipes. On ponctue chaque portrait d’esteghlâli d’un « trou… », hmm disons de circonstances. Et vice-versa, les « Bad gones » n’ont rien inventé. L’euphémisme magistral, z’avez noté ? Cinq minutes de boxon plein précédant l’engo : appel à la prière, lâcher de colombes auparavant trempées dans le mercurochrome, ola et danse du ventre, on sanglote ou se met sur la gueule, c’est la transe. La Kro’ débouchée, piccolo-f…bon le championnat iranien reprend ses droits.

10 minutes de jeu, à peine 600 secondes putain, et v’là que les âbi (blues) ouvrent le score par leur avant-centre plus « fox in the box » que Djibril Cissé. Question pointe de vitesse s’entend, parce que quand il s’agit de faire parler la poudre, il sait s’en servir du pointard, lui, le tehranais. Consternation chez les reds, de courte durée car ‘va maintenant falloir pousser.

Première salve qui passe à ras. Les esteghlâli « ouffent » de soulagement. « Kiiir » (=la bite), en est notre aérienne réponse.

Vient la demi-heure. Mauvaise relance bleue. Plein axe, forcément. Rougerie, sort de ce corps. Bref, contrôle vermillon du bas-ventre, crochet à la Rosset (désolé David, tu n'me semblais pas trop mauvais en plus…je me permets simplement de placer ton nom pour satisfaire les conventions d’effet comique en vigueur sur ce blog, enfin…), conduite de palla morlonesque (on se le figure plus déjà là, hein ?), on fait « bouh ! » à un libéro qui drapeau-blanquise comme Melaine. Face au gardien, suffit d’arracher une escalope avec le tibia, et la baballe trottine derrière la ligne. Même pas besoin de vidéo, 1-1.

Bon, mais reste plus d’une mi-temps à mater de la DH en plein cagnard. Non j’suis méchant, ça reste distrayant. En plus, l’arbitre est espingouin (désolé), s’appelle Gonzalez. Et d’un coup, plein de gars oublient la Reconquista (« c’est pas la même Histoire nom de D… ! - oui mais moi j’ai eu Velud en DUMAC …- bon, ça ira pour cette fois ») et se proposent de jouer à zizi-panpan avec la madre tout en raccompagnant le fiston à l’aéroport Imam Khomeiny. Au crédit des poètes, deux « sanctions écarlates », ça énerve. ‘Devraient être au courant, chez les tauromachistes.

La partida s’écoule sans climax, prend fin dans une lassitude générale qui ne verra s’échanger pas plus de 2-3 châtaignes. Et comme la police est prompte à intervenir (d’aucuns diraient zélée, voire hystérique –et d’autres, tout en mauvaise foi, leur répondrait de "se calmer, Baud"), j’ai aussi droit à mon coup, disons contact, bon allez tâtonnement, de matraque de la République islamique d’Iran.

C’était z’y pas un beau jeudi ?

PS: cajôleries iepiennes à un certain Jean Tessier, qui a reussi à se faire oublier...

1 putasserie(s):

Marine la méchante a dit…

Si tu voulais bien lever le doigt avec les "z'", on croirait lire le blog de Courti !