Si je t'oublie, Jer...
…evan.
« Alors Rémi, pourquoi l’Iran? », m’a demandé La Veule.
« Parce que l’Arménie », aurais-je dû lui répondre en toute honnêteté.
2 ans et une poignée de mois après le coup de foudre, j’étais de retour en Hayastan. Tentative de bilan…
Back in USSR (l’empire, pas le strip-club de la rue Nalbandian), aurait intitulé AndriJudas. Pas vraiment, plutôt un coup d’œil sur l’ordinaire de la CEI. Et ça se sent dès l’atterrissage. « No adrrresse in Arrrmeniya, no vîza », m’avertit un troufion à la méfiance aiguisée sur les bancs de l’école soviétique. J’ai beau siffloter « La Bohême », jamais mon passeport gaulois ne sera inspecté sous autant de reliures.
Une fois dehors claquent le -15°C et les néons des casinos bannis de la municipalité d’Erevan, le long de la route de l’aéroport. La taxi file dans l’hiver caucasien sans pouvoir toutefois éviter les barrages de flicaille la jouant tatillon histoire d’arrondir ses fins de mois (non mais depuis quand la ceinture est-elle obligatoire ?!).
Sous la glace, Yerevan se transforme doucement. Les globaux Mango et Adidas-store concurrencent désormais la saperie génialement baptisée « Bureaucrate ». On a expulsé des dizaines de familles du centre historique pour creuser la « Northern Avenue », artère appelée à « refléter l’Arménie du XXIème siècle », sur laquelle Giorgio Armani a déjà réservé la vitrine-phare. Les ancestrales Lada se font plus rares que lorsque je les avais découvertes, remplacées par les SUV toutes vitres teintées des « big guys with big cars », nouveaux maîtres de la jeune république. Les cinquièmes élections présidentielles, qui se tiendront dans 2 semaines, ne révolutionneront pas la donne. La victoire annoncée de Serge Sargsian, jusqu’alors premier ministre, pourrait pérenniser la confiscation d’une croissance à deux chiffres par le clan des « Karabaghtsi », les proches du président sortant Kocharian. Pris au piège de la question sécuritaire, dans l’étau géopolitique transcaucasien où s’affrontent les intérêts de plus grandes puissances, le pays peine à offrir des opportunités à une jeunesse pourtant formée et avide de saisir sa chance, et qui du coup se prend à rêver d’exil.
Ca, c’était pour la chronique « Grand amphi ». Le reste des souvenirs se noie en des miscellanées de duduk et de Vissotski, façon plagiat-du-pauvre de notre chère Sophie Ligneron : p’tit-déj arrosé au cognac (« aux rencontres », « à la jeunesse », « à la santé du peuple, foutre ! »…) ; conte de fées mafio-moderne de « Doddy Gago », marié, 36 ans, 6 enfants, carte de visite pour le moins fournie (champion de lutte, propriétaire de la grande distillerie Noy –par ailleurs l’un des meilleurs musées qu’il m’ait été donné de visiter-, membre du comité olympique arménien, fondateur et président de parti politique, etc.) ; déambulations au gré des casquettes de l’Armée rouge, des jeux d’échecs (à ma gauche, les présidents US, à ma droite, les secrétaires généraux du Parti…) et des bannières du Haut-Karabagh débordant des étals du Vernissage ; Kotayk et vins du Caucase dégustés sous les Uzi ornant les murs du « Che Guevara » tenu par un Arménien de Beyrouth ; incruste dans les studios de la privée TV Armenia (où l’on retrouve nos « big guys with big cars »)…
Deux et demi après, je n’ai même pas à conclure. Je reviendrai bien assez tôt vers ma terre promise.
Givoranal
4 putasserie(s):
Merci ma Poule. Si tu pouvais seulement rajouter une virgule apres le "t'oublie" du titre, histoire de tourner bibliquement correct...
Merci ma Poule. Si tu pouvais seulement rajouter une virgule apres le "t'oublie" du titre, histoire de tourner bibliquement correct...
Mea culpa et petit rectificatif...
Le 1er tour de la presidentielle armenienne se tiendra le 19 fevrier et non dans "2 semaines". Le 2nd tour devrait quant a lui accoucher d'un resultat le 4 mars prochain.
De rien mon gros.
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