Hisse-ton-boul'
Téhéran, c’est moche. Très moche. Le genre de constat a priori évident, mais que je tendais, au gré des rencontres et des découvertes, à oublier…et puis…et puis Istanbul.
Istanbul, une semaine de Saint-Sylvestre. J’essaye de ne pas plonger dans le piège du refrain « lumière qui sublime – mosquées célestes – carrefour des continents – Atatürk (on dirait un blaze de Pokémon, soit-dit-en-passant) à tous les coins de rue, dans toutes les positions (matérialisation d’un regain de ferveur kémaliste qui serait un phénomène récent) » pour me concentrer sur l’essentiel : les touristes de l’Est et le « güle-güle ».
Là, je trinque vers Tehran.
Coup de gueule de privilégié d’abord : c’est que j’ai plus trop l’habitude d’en croiser, des nuées de touristasses s’extasiant dans tous les idiomes « Ma che gusto, che lusso ! » (ouais parce que beaucoup sont de Ritalie) et tutti quanti…Et vas-y que j’me fasse cirer les Converse histoire de goûter à l’exotisme du tiers-monde, que j’te roule des galoches baudesques dans l’enceinte des mosquées (après, je tourne peut-être ayatollah…), que j’rechigne au moindre döner un tantinet douteux…et le pire, dans une saillie toute xénophobe sur laquelle je ne cracherais pas, c’est que The Russians Are Coming ! Les nouveaux riches de l’ère post-soviétique se ruent sur la Méditerranée…non contents d’avoir déjà envahi et transformé Costa del Sol & Cie en Little Calabria, Vlad et ses potes à l’opaque larfeuille investissent un nouvel eldorado : la Turquie. La Corne d’Or pour hiberner « culturel », Antalya pour une cure estivale, avec à chaque destination la même escorte : girls, faciès rougeauds, et nazdrovié à tous bouts de phrase. Hoi !
Mais si j’ai débarqué à Constantinople, c’est aussi avec en mémoire une Une d’un Newsweek international d’il y a 4 ans : « Istanbul: Movida, The New Hotspot ». Mode de vie « güle-güle » en perspective, un peu de paillettes après 3 mois de République islamique. Oui parce que Téhéran, en plus d’être laid, c’est, passé 20h30, triste comme une branlette de veuf. Et que je visitais Byzance d’abord pour réveillonner dans les vapeurs d’alcool et de parfums féminins. Open-bar sur Bosphore, kebab et cotillons, mères Noël aux jambes interminables, c’était la fête aux mollahs. Seulement voilà, à part les grosses corinthiennes des bordels de Taksim, l’Ottomane, aussi allumeuse soit-elle, te laisse toujours rêver quant à des « relations » pré-nuptiales…dommage pour l’avenir européen de la République laïque, un « oui » référendaire tient parfois à un fil de calcif. On finit donc la soirée au « Sens unique », club du tout-Istanbul gay où, vêtu comme un guerillero de la grande époque de l’UCK (backpack oblige), je manque plusieurs fenêtres de tir aux chiottes. Tant pis, j’aurais au moins savouré (le mot est sans doute trop fort) l’Efes Pilsen : une dernière pinte avant de regagner l’Iran, un chewing-gum pour masquer le tout, et au dodo pour les 6 prochains mois…
Et le « güle-güle » au fait, qu’est-ce ? Une formule de politesse signifiant « Carpe diem », « Souris à la vie », ou une autre connerie à la Gérard Holtz. Mystère de cette langue turque toute suffixée en « oglü » : dans « güle-güle », où sont respectivement les sujet, verbe, complément ? Enfin, quand on sait que les Turcs ne sont que des sauvages venus des steppes, qui ont au passage pillé la Perse…
Allez, pour conclure par un bonus-track, un court florilège des répliques de fin de cru 2007 :
5 / « [jendeh] » Traduction persane de « pute » (prononcer « djèn-dé »). Désigne une Marie-couche-toi-là sur laquelle tout le monde est passé sauf…un djen, soit l’équivalent du djinn arabe, l’esprit frappeur quoi.
4 / « Super ! mais pas de blagues, hein, je compte sur vous !! » Christian Velud, réagissant à notre annonce d’obtention d’un permis de résidence. Pas besoin de m’étendre là-dessus.
3 / « Ah oui…j’ai aussi...été…champion de boxe…du…quartier » Proposition de B., étudiant iranien que j’aidais alors à rédiger son CV en françois. Lolads.
2 / « En souvenir d’un Noël chaleureux, convivial, et hétéroclyte » Jeu : cherchez (et trouvez) l’erreur. Bahud, Rosset et Gilioune sont exemptés.
NB : l’auteur de cette dédicace n’est autre que le traducteur français de Mon nom est rouge, du prix Nobel Orhan Pamuk. Quand on sait que ce même bonhomme est linguiste et professeur à l’INALCO et l’ENS de sa carte de visite…
1 / Désolé, je vais être horriblement consensuel, mais...« Mutlu yillar canım », ou « Sal-e noye tan mobaarak ». Bonne année.
PS: en hors-catégorie, y'avait notamment "Christian Véludeuh ? Mais attendez, c'est l'un des plus grands spécialistes du monde musulman", X; et "Non mais, est-ce qu'on peut être sérieux en faisant la prière cinq fois par jour ?", Y. Tous deux sont diplomates.
5 putasserie(s):
Vous devriez écrire un peu plus souvent.Vos textes sont drôles et bien tournés.
J'attends le prochain avec impatience.
Les Editions L'Harmattan sont très heureuses de lire vos quelques articles sur ce blog, et souhaiteraient vous proposer, par mail, la rédaction d'un récit sur votre vie d'occidental en Iran pour ces à priori six derniers mois à Téhéran, votre point de vue sur la situation actuelle de l'Iran. Certainement une mine de renseignements et d'anecdotes pour nos lecteurs.
Cordialement,
Denis Pryen,
Directeur des Collections L'Harmattan
Lolade suprême, le GPRC chez l'Harmattan, mais qui peut le stopper?!
Merci pour vos felicitations. Cependant, il s'avere que le "coup" des editions L'Harmattan etait une bonne vieille farce de Judas. Celui-ci sera chatie a la hauteur de sa connerie.
Rejoins-moi vite, mon Guilhemichou.
Conseil de discipline par l'appareil bureaucratique du GPRC pour les judas récidivistes : si ce n'était que la première fois!
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