Martyrannie
Terminus sud-ouest du métro, « Haram-e Motahar » (l'"enceinte sacree", ou quelque chose qui s’en rapprocherait). Le mausolée du Guide suprême, qui eut au moins le mérite de faire plus que quiconque pour la renommé internationale de Neauphle-le-Château ([Nofel Loshato] en version locale), s’impose à l’horizon...tant bien que mal. En effet, près de 20 ans après la mort de Ruhollah, soudeurs et plâtriers ensuqués manient toujours la truelle. Au rythme des siestes. L’ « énorme coupole dorée » louée par le Lonely Planet (qui se fait ouvrage d’anticipation), n’émerge pas encore des amoncellements d’échafaud(age)s, et la sépulture de Barbu 1er tient en fait plus d’une mixture douteuse patinoire - hall de gare - salle 300 du lycée Aragon, Givors, que des Mille et Une nuits. Autour de la dépouille, on arrose les pique-niques au Coca, tandis que Mickey et le lapin de Nesquick jouent les grand-prêtres dans les échoppes de souvenirs…Khominet, qui souhaitait que son ultime demeure soit avant tout un « lieu de vie », s’en trouve servi…et nous qui étions venus pour faire flamber du stars & stripes !
Bien plus prenant que ce tombeau en toc, l’immense Behesht-e Zahra, ou cimetière des martyrs, s’étend à perte de vue à l’ombre de jeunes pins. Le martyr, tombé pour la patrie lors de LA Guerre (on parle ici de 1980-88), est en Iran, et sans doute plus particulièrement dans la capitale, omniprésent. Figure essentielle du chiisme (Hossein, etc.), le martyr, vigoureux, pur, sacrifié, apparaît comme un trauma durable pour la société iranienne, dont chaque famille semble avoir contribué à l’effort de guerre des eighties. Monuments, toponymie urbaine, fresques murales à côté desquelles les hommages posthumes les plus colorés de Belfast passeraient pour d’aimables graffitis…Objet de propagande certes, mais la mémoire est là chez les Iraniens, à fleur de peau, et beaucoup se réfèrent au conflit avec l’Irak de Saddam pour apporter une explication au versant regrettable emprunté par l’enqelab (révolution), une fois celle-ci aux affaires.
'Sciences-po, la politik en velo'v'
Sans transition, adoptons un ton plus léger… ces dernières heures, j’ai, en vrac: conversé avec un ex-directeur de la rue d’Ulm autour d’un verre de bon rouge et d’amuse-gueules sauciflard-roquefort, apprécié un concert de musique tradi (après l’hymne national et ¾ d’heure de blabla protocolaire, et alors que les portraits sévères de Khamenei et de son prédécesseur restaient illuminés pendant le spectacle), assisté à un séminaire de physique (M. Jean-Marie doit s’en retourner…), rencontré une journaliste iranienne formée à Givors, aperçu que l’entrée de la fac illustre un billet de banque, et, enfin…je me suis procuré le texte intégral, avec force détails concernant nos objectifs de mission et nos conditions de séjour, de la convention signée entre l’IEP et l’Université de Téhéran :
Okay pour l’envoi d’étudiants de l’IEP de Lyon en Iran.
CV
PS : on en parle autour d’une chicha ?
Les vacances, j’vous dis !
Note : je mets Franz Lambert au défi de travailler sur Téhéran. Sachant qu’Ahm’jad, ex-maire, surnommait, avec un mépris affiché, les urbanistes « les artistes », et qu’une autoroute au cœur de la ville est ici aussi fréquente qu’un arrêt-pipi sous les ponts des berges du Rhône…
1 putasserie(s):
Erratum: le dome d'or du mausolee Khomeiny a bel et bien existe...mais 'l'est apparemment en refection.
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